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Questionnements

Il y a quelque temps, j'ai eu à m'occuper d'une patiente complètement psy.

Personne n'avait réussi à définir clairement de quelle maladie psychiatrique elle souffrait exactement, mais elle avait de gros délires paranoïaques qui concernaient sa famille et la clinique où elle était hospitalisée. 
Elle était assez fluctuante : certains jours elle était très calme, voire complètement apathique, elle suivait docilement les examens qu'on lui prescrivait, elle restait sagement dans sa chambre et ne parlait quasiment pas.
Et puis d'un coup, sans qu'on sache pourquoi, elle faisait une crise et était alors très agitée, elle ne tenait pas en place, déambulait dans le couloir, refusait qu'on la touche et surtout elle parlait, parlait, parlait, pleurait souvent, se jetait par terre ...

Un jour elle était en pleine crise et n'arrêtait pas de venir parler à l'une de mes co-externes, qui commençait à en avoir sérieusement ras-le-cul. Je suis donc allée la voir pour essayer de la calmer et qu'elle arrête de déambuler dans le couloir non seulement parce qu'elle faisait chier tout le monde, mais surtout parce qu'elle a, en plus, une maladie de Parkinson et qu'elle tombait tout le temps. 

Je pensais naïvement que l'écouter et lui parler un peu suffirait à la calmer.

Au final j'ai passé plus d'une heure et demie à l'écouter parler de sa soeur qui l'aurait fait enfermer car jalouse qu'elle ait reçu l'argent de sa mère en héritage, du complot entre son psychiatre et sa soeur, de la clinique qui la maltraitait et dans laquelle se développerait un réseau de prostitution ... toutes ces histoires répétées en boucle ...
Et je l'écoutais, complètement dépassée, ne sachant pas du tout comment réagir, quoi dire, quoi faire - j'ai essayé de faire ce que je pensais être du bon sens, je lui ai dit que je la croyais, j'ai essayé de la dissuader de porter plainte contre sa soeur, j'ai essayé de la rassurer, je l'ai beaucoup écoutée (heureusement, je suis assez douée pour écouter les gens). 

Je ne pouvais pas lui promettre qu'elle ne retournerait pas à la clinique, je n'arrivais pas à casser l'espèce de cercle vicieux de ses idées qui revenaient tout le temps aux mêmes sujets, je ne savais pas quoi faire, je me suis sentie tellement nulle, je crois que c'est le moment où j'ai pris le plus conscience de mon inutilité en tant qu'externe.

Je me suis quasiment sauvée lorsque les aides-soignantes ont apporté le repas. 

Alors, je sais que ce n'était pas mon rôle de la gérer, mais je ne pouvais juste pas la laisser comme ça - ah c't'envie de sauver le monde - sachant que l'interne était occupé ailleurs. Je n'ai pas osé lui demander après ce que j'aurais du faire.

C'est l'exemple le plus marquant de mon stage de neuro, mais d'une manière générale on manque vraiment de formation sur l'attitude à avoir face à des patients qui sont fragiles psychologiquement - que ce soit parce qu'ils ont une maladie psychiatrique, ou parce qu'ils sont déments/déprimés/anxieux/autres. Or en neuro on voit beaucoup de patients très anxieux voire déprimés, la plupart des maladies n'ayant pas de traitement curatif. On se démerde comme on peut, on essaie de copier l'attitude des chefs et surtout des internes - car les patients nous disent des choses qu'ils ne disent pas aux chefs -  mais nous on ne peut pas les rassurer autant que l'interne - on n'a pas les connaissances ni l'expérience qui permet de s'en sortir correctement. 
Et on se sent si inutiles ...
Tags: externe, médecine, patients
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