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Histoires de gardes

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Les journées de bloc s'enchaînent et se ressemblent ...

Tout le contraire des gardes dont aucune ne ressemble à la précédente.



Il y a les fois où il n'y a plus rien à faire au bloc après 16h, où les urgences sont calmes aussi bien côté chir que côté méd, on mange à une heure raisonnable et on se couche tôt. C'est le genre de garde qui te rebute au début parce que tu te crois dans Urgences et tu voudrais sauver des vies à la pelle, mais au bout de 3-4 gardes et à l'approche des partiels tu rêves de ces gardes tranquilles qui te permettent de profiter de ta journée du lendemain.

Il y a les fois où tu es debout toute la nuit, comme celle que j'ai raconté le mois dernier. Ca n'est plus arrivé depuis, même si une fois on m'a appelé à 7h et demie (1h et demie avant la fin bouhou) pour une péritonite.

Il y aussi les gardes intermédiaires, avec des blocs qui se terminent vers 20h, un peu de monde aux urgences mais pas trop, on se couche tard mais pas trop.

Je suis de plus en plus à l'aise aux urgences et en fait je suis de plus en plus à l'aise dans ce service, c'est l'avantage des petits hôpitaux où l'ambiance est plus décontractée que dans les CHU, on parle facilement aux seniors, on appelle son chef de service sur son portable (ça c'est vraiment la classe !), les infirmières et les aides-soignants sont cool ....
On fait même ami-ami avec les brancardiers - en tout cas ceux qu'on croise régulièrement en garde.

D'ailleurs les gardes sont vraiment un moment privilégié pour connaître l'équipe médicale et paramédicale, surtout le week-end ; j'ai fais pas mal de garde le samedi/dimanche et me suis tapé un jour férié, au final je ne le regrette pas, il y a une ambiance particulière assez agréable, pour un peu j'en redemanderais !

Bon mon côté asocial fait que je suis pas aussi bien intégrée que je devrai l'être, m'enfin. 

Il y a aussi, comme partout, qu'on soit de garde ou pas, ces dysfonctionnements qui nous énervent et dont les premières victimes sont les patients :
- comme cette jeune fille qui a reçu un coup de sabot dans la figure, qui est arrivée avec un énorme hématome autour de l'oeil qui avait quadruplé de volume et restait fermé, impossible pour elle de l'ouvrir et elle hurlait de douleur quand on essayait. 
Le petit truc inquiétant c'est qu'on avait beau soulever la paupière jusqu'à la moitié du globe environ (impossible d'aller au-delà), on ne voyait pas la pupille ....
J'ai pas vu le scanner, mais ça sentait quand même la grosse urgence ophtalmo/maxillo. 
Problème : à Périph+++ il n'y a pas d'urgence ophtalmo ni maxillo (en fait je suis même pas sure qu'il y ait un service d'ophtalmo ou de maxillo). Commence alors la longue lutte pour l'envoyer dans un hôpital qui pourra la prendre en charge, si possible assez rapidement - si possible hein.
Une jeune fille sans problème particulier mis à part cet accident qui est assez urgent, on se dit que ça devrait pas être trop compliqué de lui trouver un service, et pourtant ...
Pourtant on a appelé 4-5 hôpitaux dont un bien réputé en ophtalmo, qui nous ont tous envoyé bouler, certains parce qu'ils ne pouvaient vraiment pas la prendre, d'autres parce que .... parce que. 
On était donc là avec cette fille qui était à deux doigts de perdre son oeil (ou peut-être que c'était déjà fait), hyper angoissée, hyper agitée, et on était incapable de faire quoi que ce soit pour elle, et ceux qui pouvaient ne voulaient/pouvaient pas ... 

Enfin, heureusement un hôpital a daigné l'accepter ... le médecin au téléphone (qui avait reçu le scanner et à qui on avait expliqué la situation) avait l'air de dire que c'était foutu pour son oeil ...

Je ne pense pas, a posteriori, que son oeil aurait été sauvé si elle avait pu être prise en charge plus tôt - c'était probablement déjà trop tard quand elle est arrivée - mais avoir autant de mal à lui trouver une place, c'est franchement un scandale.

- il y a aussi ce petit garçon qui s'est cassé le fémur mais genre bien, la fracture était complètement déplacé, il a fallu lui mettre une traction en attendant le bloc qui aurait du être fait en urgence.
Ouais, aurait du. Parce que ce petit garçon a attendu 4h dans le couloir du bloc avant qu'on puisse enfin l'installer.
Pourquoi ? Je saurais pas trop dire ...
Le bloc tournait bien, on arrivait à la fin de la journée, il restait quelques opérations programmées - et quasiment rien en ortho, juste un poignet d'une vieille dame qui ne pouvait pas attendre le lendemain. Tout allait relativement bien, bon c'était une journée chargée mais comme je le disais ça avançait bien.
Et puis d'un coup plus rien n'a avancé. En fait plusieurs urgences sont arrivées en même temps : le petit garçon en ortho, une césarienne en urgence pour la gynéco, une hernie étranglée pour la viscérale. 
Or l'un des deux anesthésistes présent a brillamment démontré pourquoi il a une réputation de tire-au-flanc ... si bien qu'en fait on n'avait vraiment qu'un seul anesthésiste, qui n'a malheureusement pas hérité du don d'ubiquité. 
Du coup tout s'est bloqué le temps que les blocs en cours soient finis, et qu'on s'occupe de la césarienne.
Et après ... après l'anesthésiste tire-au-flanc s'est barré car la garde commençait, et qu'il faut un anesthésiste d'astreinte en maternité, laissant l'autre anesthésiste tout seul pour gérer les urgences et ce qu'il restait du programme froid (pas grand chose, mais quand même).

Et comme il n'y avait qu'un seul anesthésiste, forcément, il n'y avait qu'une salle de bloc ouverte. 
Donc on a attendu ....
Nous à la limite c'est pas grave, mais le petit garçon, là, dans le couloir, qui a du bien angoisser - car c'était un petit garçon de même pas 10 ans qui jouait encore avec ses potes le matin même, qui se retrouvait là, la jambe prise dans la traction (et vu les marques que ça a laissé, ça devait pas être franchement agréable), à l'hôpital, attendant le bloc ...
En fait il m'a vraiment ému quand on l'a installé, il mourait de peur mais il essayait de pas le montrer, c'était adorable et tellement triste ! dire que j'aime pas les gosses !

Il y avait cette femme aussi qui attendait depuis le milieu de l'après-midi qu'on l'opère, qui était déjà là la veille, et dont l'opération a été repoussée au lendemain. Elle va écrire une lettre de réclamations à la surveillante du bloc.

Et tellement d'autres histoires. C'est frustrant d'être à l'hôpital et de se sentir aussi impuissant.



Bon, c'est surtout pour donner une idée de ce à quoi ça ressemble une traction, c'est pas exactement ça qu'il avait le gamin - il avait un genre d'attelle qui remontait sur toute la jambe jusqu'au pubis.
On dirait peut-être pas mais les attaches sont très serrées, quand on lui a enlevé il avait des marques assez profondes - c'est pas fait pour rester très longtemps, juste le temps de préparer le bloc normalement ...



Tags: bloc, externat, externe, gardes, hôpital, médecine, opératoire, urgences
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